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La croissance économique est-elle vraiment synonyme de bien vivre ?

Le GIEC l’a rappelé dans son 3ème rapport sur l’adaptation au changement climatique, pour remplir l’objectif des Accords de Paris (contenir le réchauffement à +1.5°C par rapport au niveau de l’ère pré-industrielle) il faut que la courbe des émissions mondiales infléchisse avant 2025. Pour cela, l’organisation scientifique appelle à la sobriété et à l'efficacité énergétique.


D’après le Ministère de l'Économie, la croissance économique correspond à l’augmentation de la production de biens et de services d’un ensemble économique sur une période donnée, le PIB donc !


La croissance économique est un concept qui apparaît lors de la révolution agricole des 16ème et 17ème siècles, en Angleterre et aux Pays-Bas. C’est la première fois que des pays voient le volume global de leur production augmenter plus vite que leur population, et de manière soutenue, sur une longue période de temps.

Pour info, le PIB, c’est la valeur monétaire de tous ces biens et services produits au cours d’une période donnée.


Il peut être calculé par cette formule : PIB = C + G + I + NX

Où :

C = dépenses de consommation ;

G = dépenses du gouvernement ;

I = investissement ;

NX = Exportations nettes (Exportations - Importations).

Pour obtenir le PIB par habitant, et donc obtenir un ratio comparant la croissance économique entre différents pays, on divise le PIB par le total de la population de chaque pays.



On s’est dit qu’il était temps d’ouvrir la discussion sur ce sujet : la croissance est-elle vraiment synonyme de bien vivre ? Et quelles en sont les limites ?



Les limites du PIB


L’instrument du PIB a certaines limites :

  • Il ne mesure que partiellement la richesse produite : le bénévolat, le travail domestique, et une partie des services publics ne sont pas pris en compte.

  • Selon le stade de développement du pays, certains PIB peuvent être mal évalués et la comparaison du PIB/habitant entre les pays est donc bancale.

  • Ce n’est qu’un indicateur quantitatif qui ne prend pas en compte la structure de la production des biens et services. Là dessus, on peut prendre en compte l’IDH (Indice de Développement Humain) qui évalue le taux de développement humain d’un pays avec trois critères (espérance de vie, niveau d’éducation et revenu national brut).

Bien évidemment, il ne prend pas en compte la détérioration du capital écologique et du capital humain.


La contrainte écologique


Alors que les énergies fossiles ont révolutionné nos modes de production et de consommation, nos économies en sont abondamment dépendantes. La croissance économique a bondi dès lors que ces énergies ont été découvertes et utilisées :


Source : Cours des Mines tenu par Jean-Marc Jancovici - corrélation entre croissance économique et énergies fossiles.


Pourtant ces énergies fossiles sont responsables de la hausse croissante des émissions de gaz à effet de serre, accélérant le phénomène de réchauffement climatique et menaçant les écosystèmes naturels (humains compris) de la planète. Et ces mêmes énergies fossiles ne sont pas disponibles en quantité illimitée, ce sont bien des ressources finies.


Les limites planétaires


En 2009, un groupe de scientifiques internationaux identifient 9 seuils que l'humanité ne devrait pas dépasser pour ne pas compromettre les bonnes conditions de son propre développement. Les limites planétaires déjà franchies sont le changement climatique, la biodiversité, l’usage des sols, le cycle du phosphore et de l’azote, la pollution plastique et chimique.


Le 5ème seuil (Pollution plastique et chimique) a été franchi en janvier 2022, 3 mois plus tard c'est la 6ème limite qui vient d'être franchie.


Le 6ème seuil a en effet été réévalué : l'eau douce inclut désormais "l'eau verte" - précipitations, humidité du sol et évaporation. Cette prise en compte est majeure puisque l'eau verte relie étroitement la frontière de l'eau douce à d'autres limites planétaires telles que l'utilisation des sols, la biodiversité et le climat.


Jusqu'à présent, on considérait que la limite du cycle de l'eau se trouvait dans la "zone de sécurité", ce n'est désormais plus le cas.


Un réchauffement climatique induit par l’activité humaine


Le GIEC est formel : 100% du réchauffement climatique est dû aux activités humaines. Ce qui expose 3,3 à 3,6 milliards de personnes à plus de vulnérabilité liée à l’urgence climatique. Cela signifie que 46% des habitants du monde entier sont vulnérables aux impacts du réchauffement climatique. C’est pas vraiment du bien-vivre ça, non ? "Il est possible de réduire les risques associés au dérèglement climatique en atténuant l'exposition et la vulnérabilité des systèmes naturels et des sociétés humaines” affirme le GIEC.

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La croissance accroît les inégalités


Dans son livre, Le Capital au XXIème siècle, l'économiste Thomas Piketty montre que la croissance d’aujourd’hui est majoritairement captée par les plus riches, augmentant ainsi les inégalités. Une autre étude menée par le même économiste en 2017 souligne que les 1 % les plus riches de la population mondiale ont capté 27 % de la croissance des revenus dans le monde, depuis 1980 alors que les 50 % les plus pauvres n’en ont perçu que 12 %. Il insiste sur le fait que cette tendance à l’accroissement des inégalités par la croissance est nouvelle : les périodes de croissance précédentes comme les Trentes Glorieuses étaient plus égalitaires.


Le graphique ci-dessous montre que le revenu des 1% les plus riches, dans 6 pays différents, augmente depuis les années 70. Donnant ainsi une hausse des inégalités de revenu : la part des revenus des 1% les plus riches ne fait que croître dans les revenus nationaux.




Source : Les Echos


Les limites à la croissance


En 1972, la publication du Rapport Meadows, Les limites à la croissance, commandé pour le Club de Rome, un think Tank suisse réunissant des scientifiques et des économistes de 52 pays différents, a mis en avant pour la première fois les menaces pour l’homme et l’environnement de la croissance économique et démographique.


Le rapport fait un lien de causalité entre exploitation croissante des ressources naturelles, croissance démographique et développement économique. Conjointement, la pression sur les facteurs de croissance (la population, la production de nourriture et l’extraction des ressources naturelles) ne cessera d’augmenter jusqu’à son point maximal et atteindra ainsi le point de chute énergétique et matérielle mondiale lorsque la pression sera trop forte. Ainsi la croissance économique s’arrêtera faute de matières premières essentielles à celles-ci.

Les auteurs du rapport prévoyaient alors, que la menace énergétique et matérielle entraînerait de nombreux bouleversements politiques, qui pèseront sur les populations menacées (conflits armés, manque de ressource en eau, en nourriture, en sécurité énergétique…). Sur le sujet du progrès technique, le rapport Meadows est très clair : il ne serait qu’une solution court-termiste qui diffèrerait la décroissance inéluctable du système économique en retardant seulement la pression sur les facteurs de croissance. En conclusion, le rapport Meadows met en avant que le seul scénario qui évite l’effondrement de l’écosystème mondial est celui qui abandonne la recherche perpétuelle de croissance exponentielle afin de préserver le monde qui nous entoure. Parmi les propositions faites, il y a des limitations démographiques, la taxation des industries et l’investissement dans les secteurs essentiels que sont l’agriculture et la lutte contre la pollution. C’était il y a 50 ans.


En 2004, les auteurs qui étaient à l’époque de jeunes scientifiques, ont mis à jour leurs données ce qui a donné une nouvelle version plus récente du Rapport Meadows, préfacé par Jean-Marc Jancovici. De son côté, Robert Gordon affirme en 2012 que “L’âge d’or de la croissance est derrière nous” et que le progrès technique d’aujourd’hui génère moins de gains de productivité qu’auparavant, mettant en avant les limites à repousser toujours plus loin la frontière technologique. L’économiste américain souligne que les économies devraient naturellement connaître des taux de croissance bas, seulement soutenus par la croissance démographique.


Le Pape François aussi appelle à la décroissance : “Nous savons que le comportement de ceux qui consomment et détruisent toujours davantage n’est pas soutenable. (…) C’est pourquoi l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance”, avait-il écrit dans son encyclique Laudato publiée en 2015. En accord avec l’importance de la justice climatique, le pape François prend la défense des plus pauvres, grandes victimes du réchauffement climatique. Lui aussi affirme comme le GIEC, que le réchauffement climatique est causé par l'activité humaine, essentiellement dans les pays les plus développés.


”L'humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre le réchauffement” - Pape François.


“Les inventions humaines, après avoir amélioré le confort dans leur premier stade de développement, entraînent au-delà d’une certaine taille des effets opposés et dégradent, in fine, les conditions de vie qu’elles prétendaient optimiser.”

Plutôt couler en beauté que couler sans grâce, Corinne Morel Darleux.



Pourquoi ne faut-il pas confondre efficacité et sobriété ? ❌


En termes d’énergie, l’efficacité d’un système est définie pour un produit ou un service équivalent, par une consommation moindre d’énergie. Un exemple simple dans le secteur automobile : un véhicule récent consomme moins de carburant à distance égale qu'un véhicule d’il y a 50 ans. Cependant, cette efficacité énergétique gagnée, les outils et les services en surplus ont été ajoutés, comblant en partie le gain énergétique réalisé.

Ce paradoxe soulève le problème évident d’un effet rebond : lorsqu’un produit ou un service devient plus efficace, il coûte moins cher - car il utilise par définition moins de ressources, énergétiques ou non - et sera donc instinctivement plus utilisé, ce qui entraînera in fine une sur-consommation du produit ou du service. De surcroît, l’évolution de l’efficacité énergétique est bien trop faible pour que l’on puisse y reposer nos objectifs climatiques.

Contrairement à l’efficacité, la sobriété énergétique appelle à un effort de la part du consommateur ou une concession sur le service produit. Cet effort peut être mené d’un angle individuel - je prends la responsabilité de consommer différemment pour moins consommer - ou un angle collectif - comme l’application de lois limitant la consommation énergétique -.


⚠️ Attention : il ne faut pas non plus confondre sobriété et pauvreté. La pauvreté est subie, la sobriété est choisie. Par exemple, la hausse prévue des prix du gaz et de l’électricité pour l’hiver prochain posent notamment des questions de précarité énergétique dans certains foyers qui arbitrent entre se chauffer et économiser de l’argent. Une croissance exponentielle qui ne prend pas en compte l’adaptation au changement climatique causera bien plus de menaces sur les plus vulnérables (3,3 milliards selon le GIEC) que ce qu’elle tend à corriger économiquement.


Là est toute la différence bénéfique qu’aurait une transition énergétique réussie : pouvoir adapter les territoires et les individus à de la sobriété dans leur mode de vie, pour ne pas subir une pauvreté qui sera de toute façon induite par les limites physiques.



Décroissance prévue 🧐


Au regard des limites à la croissance, la décroissance est un concept économique, politique et social, qui remet en cause l’idée selon laquelle l’augmentation des richesses conduit au bien-être social.


Selon les auteurs du Rapport Meadows, une société durable serait une société qui accepterait “la croissance négative réfléchie”, là est tout le sujet de l’adaptation que suggère le GIEC. Prévoir plutôt que subir. Cette croissance négative réfléchie a pour principale caractéristique de prendre en compte le coût réel, le coût caché, des ressources naturelles. Pour mieux comprendre cela, on pourrait dire que l’on est déjà aujourd’hui dans une phase de décroissance, qui est simplement masquée car les coûts cachés ne sont pas pris en compte.


Si l’on prenait en compte la réalité des choses (limites planétaires, justice climatique et sociale…) la décroissance prévue est bien plus attrayante qu’une croissance infinie dans un monde fini.


❤️ La bonne nouvelle ? Comme l’a affirmé le GIEC dans son 6ème rapport en 2022, le coût de la transition est estimé moindre que les conséquences économiques du réchauffement à +2°C.

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