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Biodiversité, la grande oubliée des enjeux écologiques

Après un long trajet en voiture, avez-vous déjà remarqué qu’il y avait désormais beaucoup moins d’insectes écrasés sur votre pare-brise qu’auparavant ? Si ce n’est pas le cas, c’est sûrement parce que vous ne possédez pas de voiture, ou que vous avez moins de vingt ans. Cette tendance à laisser nos pare brises immaculés n’est pas due à des insectes qui seraient devenus de plus en plus agiles mais plutôt à leur déclin massif.


Cette observation empirique a été étudiée à la fin des années 2010 par des entomologistes[1] et a été nommée “l’effet pare-brise”. Au-delà d’un nom évocateur, cet effet est révélateur d’une plus grande tendance : l’effondrement de la biodiversité.




La biodiversité, c’est quoi ?


Selon la Convention sur la Diversité Biologique des Nations Unies[2] , la biodiversité est définie comme la « variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie. Elle comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes». La biodiversité comprend également toutes les interactions qui existent entre ces écosystèmes, ces espèces et ces individus.[3] En clair, la biodiversité, c’est aussi bien les différentes essences d’arbres que la multitude d’espèces animales que les déserts et les forêts tropicales. On distingue également la diversité terrestre de la diversité maritime et de la diversité aquatique (eau douce).



Pourquoi est-elle si importante ?


C’est important parce que l’être humain en a besoin pour à peu près tout. En effet, la biodiversité nous rend des services que l’on appelle "écosystémiques". Ce sont des services gratuits dont nous bénéficions directement dans nos activités. On pense généralement en premier à la pollinisation. Mais les services écosystémiques ne s’y limitent évidemment pas. On peut d’ailleurs les classer en quatre catégories :

  • les services d’approvisionnement (on y retrouve les produits tangibles tirés des écosystèmes comme la nourriture, les matériaux tels que le bois mais aussi les médicaments dont une large partie sont d’origine naturelle)

  • les services de régulation (ils comprennent des avantages intangibles comme la régulation du climat global et local, la régulation du cycle de l’eau, la pollinisation des cultures…)

  • les services immatériels (inclus les aménités offertes par l’environnement, telles qu’une balade en forêt ou une nuit noire à la belle étoile, mais également l’inspiration et l’apport spirituel que peut nous offrir la nature)

  • le support ou l’auto-entretien (processus naturels nécessaires à la production des autres services, comme les cycles des nutriments, de l’eau, la formation des sols, etc).




C’est si vaste et divers qu’il est difficile d’en mesurer l’ampleur. Si on leur attribuait une valeur annuelle marchande cumulée, les services écosystémiques vaudraient 150 trillions de dollars, soit presque deux fois le PIB mondial (estimé par le BCG selon une étude The Economics of Ecosystems and Biodiversity TEEB)[4]. Le hic, c’est que l’IPBES, équivalent du GIEC pour la biodiversité, estime que sur 18 services écosystémiques, 14 sont aujourd’hui en déclin.[5]




Alors Jamy, mais qu’est-ce qu’on peut y faire ?


C’est là qu’intervient un autre concept central lorsqu’on parle de biodiversité : les facteurs d’érosion, ou “pressions”. On peut les classer en 5 catégories et, sans surprise, l’être humain est à l’origine de chacune d’elles.

Les voici par ordre décroissant d’importance :

  • Changement d’utilisation des terres et des mers (ex : étalement urbain, déforestation, incendies…)

  • Exploitation des ressources naturelles (ex : surpêche, braconnage…)

  • Pollutions (notamment plastique)

  • Changements climatiques (qui a pour conséquence - entre autres - l’acidification de l’eau ou l’eutrophisation (la prolifération d’algues due à un apport trop grand en matière nutritive) ou d’autres nuisibles)

  • Espèces exotiques envahissantes (le ragondin ou le frelon asiatique en sont des exemples)


Ces pressions sont issues de tendances plus globales liées à nos sociétés humaines, telles que les tendances démographiques, socio-culturelles (ex: nos modes de consommation), économiques (ex. le commerce international), technologiques ou en rapport avec les institutions, la gouvernance, les conflits ou encore les épidémies.


Nous sommes donc le cœur du problème, mais aussi la solution. En limitant la consommation de l’espace, en préservant la mer et le littoral, en protégeant les écosystèmes et les espèces menacées, en permettant une transition de nos modèles de production et de consommation, nous pouvons enrayer cette tendance qui nous emmène tout droit vers une sixième extinction de masse[6]. Cette dernière action vous dit quelque chose ? Effectivement, la lutte contre l’effondrement de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique sont étroitement liées. Le changement climatique est un des facteurs d’érosion de la biodiversité et la régulation du climat est moins bien assurée par une biodiversité en déclin. C’est un peu comme un cercle vicieux…

On comprend alors l’exaspération d’Aurélien Barrau à l’université d’été du MEDEF qui déclare

Tant que vous nommerez, vous chefs d'entreprise, croissance le fait de raser un espace gorgé de vie pour le remplacer par une plateforme commerciale, fût-elle neutre en carbone, nous n'aurons pas commencé à réfléchir sérieusement”.


Quelles actions mettre en place ?


Comme l’a dit Peter DRUCKER, "Ce qui ne peut pas être mesuré ne peut pas être amélioré". Le problème, c’est que si une métrique, l’équivalent CO2, a été établie et partagée pour quantifier l’ampleur de notre contribution au dérèglement climatique, il existe encore peu de métriques quantitatives agrégées pour la biodiversité. C’est tout le problème d’additionner des choux avec des carottes (littéralement !).

Cependant certaines métriques commencent à apparaître :

  • la MSA (Mean Species Abundance) : mesure de l’intégrité de la biodiversité locale. La MSA varie de 0 à 1, où 1 signifie que la communauté d’espèces est totalement intacte et 0 signifie que toutes les espèces d’origine ont disparu (localement éteintes). Exprimée en pourcentage, la métrique MSA se rapproche alors d’un pourcentage de biodiversité “ vierge ”restante pour en mesurer l’état. En mesurant la variation de cet état au cours du temps, il est alors possible d’estimer les impacts sur la biodiversité. 💡 Selon des travaux de l’Agence néerlandaise d’évaluation environnementale PBL, en 2010, la MSA terrestre mondiale moyenne était d’environ 65 %, et d’ici 2050 : 57% (Lucas & Wilting). En d’autres termes, environ 35 % de la MSA terrestre mondiale avait été perdue à cette date, ce qui est comparable au fait de transformer l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Océanie en un immense parking sur lequel rien ne vit.


  • le PDF (Potentially Disappeared Fraction of species) est le taux de perte d’espèces (c’est à dire le taux d’extinction) dans une zone terrestre ou aquatique particulière pendant une période de temps donnée. Cette érosion est due à des conditions défavorables (conversion des terres, occupation des sols, toxicité, augmentation moyenne de la température mondiale, etc.). Le PDF représente donc le pourcentage d’espèces que l’on ne trouve plus en raison d’un impact quelconque de l’être humain. Le PDF, qui est un pourcentage, est ensuite exprimé en fonction de la surface (ou du volume d’eau) et du temps en PDF.m².an. A la différence de la MSA, le PDF intègre donc également une notion temporelle. Ainsi, pour simplifier la présentation des résultats de l’empreinte en PDF, le temps est fixé à 1 an et le PDF est fixé à 100 % (toute la biodiversité est perdue). Tout comme pour la métrique MSA, cela permet alors d’exprimer le résultat comme la surface (en m²) sur laquelle toute la biodiversité est perdue pendant un an.


Ces métriques sont ensuite exploitées dans des outils d’aide à la décision. Certains acteurs ont fait de la protection de la biodiversité leur thèse d’impact : Mirova avec Nature Capital, SWEN avec Blue Ocean ou encore le fonds Livelihoods 3F porté par Danone.




Alors on est sauvé ?


Certes mesurer, quantifier, chiffrer semble nécessaire dans une logique comptable. Mais la biodiversité, c’est d’abord et avant tout “du merveilleux, du magique, du miraculeux [...] ! Chaque espèce, chaque individu, présente des spécificités uniques et sublimes pour peu qu’un sache les observer avec un minimum de distance égo-anthropocentrique." comme le dit Aurélien Barrau.[7] Il est peut-être temps de ne plus l’envisager uniquement comme un capital dont on tire des bénéfices, mais comme une richesse pour elle-même dont l’être humain est un bénéficiaire de fait plutôt que de droit, avec la responsabilité et la précaution que ce statut entraîne.


Pour mieux comprendre comment la finance peut prendre en compte les enjeux liés à la biodiversité dans son activité, on te conseille ces ressources (non-exhaustives) :


Pour aller plus loin sur la monétarisation du vivant, l’excellent revue argumentaire du Post-R (Chapitre 5) des Futurs Souhaitables : DOIT-ON CHIFFRER ET MONÉTARISER LA VALEUR DU VIVANT ET DES SERVICES RENDUS PAR LES ÉCOSYSTÈMES ?



 

Sources :


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