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  • reboot116

Biodiversité et finance : vraiment incompatibles ?

Dernière mise à jour : 5 août 2022

On parle beaucoup de climat en ce moment, mais l'une des autres limites planétaires qui se fait de plus en plus urgente est l’effondrement de la biodiversité.


En parallèle de l’Affaire du Siècle, qui a réussi à faire condamner en octobre 2021 l’Etat français pour inaction climatique, un ensemble d’ONG a déposé en janvier 2022 un nouveau recours pour manquement aux obligations de l’Etat de protection de la biodiversité. Ce collectif souhaite que le Tribunal de Paris reconnaisse la faute de l’Etat dans la sixième extinction de masse.


C’est quoi la biodiversité ?


D’après l’OFB (Office Français de la Biodiversité), la biodiversité désigne l’ensemble des êtres vivants ainsi que les écosystèmes dans lesquels ils vivent. Ce terme comprend également les interactions des espèces entre elles et avec leurs milieux.


Par définition, la biodiversité existe depuis que le vivant est présent sur Terre, mais l’importance de sa conservation pour le bien de l’humanité n’a été reconnue pour la première fois que lors de la Convention sur la diversité biologique signée au sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992.



Pourquoi est-elle si importante ?


L’habitabilité de la planète Terre dépend directement de notre relation au vivant. Les interactions des espèces (animales, végétales, humaines…) avec leurs milieux est essentiel à leurs survies, donc celle de l’espèce humaine par la même occasion. La biodiversité répond aux besoins primaires de l’humanité toute entière : oxygène, nutrition, approvisionnement en eau, médecine :


  • Grâce à la photosynthèse, l’oxygène est produit par les végétaux sur les continents et en mer par les micro-algues marines. Inversement, les végétaux captent le dioxyde de carbone présent dans l’air.

  • La végétation participe au bon fonctionnement du cycle de l’eau

  • La biodiversité est la base de notre alimentation et elle met en place le contexte favorable aux cultures. Les insectes pollinisateurs garantissent la formation des fruits et des graines. Les champignons et invertébrés, comme les vers de terre, reconstituent un terrain favorable aux récoltes.

  • La morphine (pavot) et l’aspirine (saule blanc) sont deux exemples très connus de remèdes issus de la nature.


“Les contributions de la biodiversité et de la nature aux hommes (...) sont le fondement de notre alimentation, de l’eau potable et de l’énergie.”

Sir Robert Watson, Président de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services éco-systémiques).

Comme l’affirme le Forum économique mondial de Davos, d’un point de vue économique également, la valeur annuelle des contributions de la nature aux entreprises s’élève à 125 000 milliards de dollars, soit deux tiers de plus environ que le PIB mondial. Cette valeur de la biodiversité est estimée sur les sujets de purification de l’eau, de la pollinisation et de la protection contre les inondations (1)

 

Aparté sur le rôle essentiel des abeilles par exemple :

C’est souvent le premier exemple cité en parlant de biodiversité et aussi le premier outil de greenwashing utilisé par les entreprises : qui travaille dans une entreprise qui a des ruches sur son toit ? 👋🏽 C’est du vécu !

Les abeilles sont l'un des maillons essentiels à l’équilibre de la biodiversité : outre la production de bon miel pour nos papilles, elles permettent la pollinisation (c'est-à-dire le transport du pollen pour féconder les plantes et donc les cultures et les arbres fruitiers, donc notre nourriture). En 2005, l’apport des insectes pollinisateurs aux principales cultures mondiales est évalué à 153 milliards d’euros, soit 9,5% de la production alimentaire mondiale : on peut les remercier pour leur travail gracieux et donc prendre soin d’eux ?


 

La biodiversité en péril


⚠️ D’après le WWF, 68% des populations vertébrées ont disparu depuis 40 ans (déclin 100 à 1000 fois supérieur à celui observé au cours des temps géologiques) (2).


🐜 Au niveau mondial, plus de 40 % des espèces d’insectes sont en déclin, dont 30 % sont menacées d’extinction. À ce rythme, tous les insectes pourraient avoir disparu de la surface de notre planète dans 100 ans.


🇫🇷 Selon l’Observatoire national de la biodiversité, en France 18 % des espèces ont disparu et 78% des habitats sont dans un état de conservation défavorable.


6️⃣ La sixième extinction de masse désigne la perte récente et brutale de biodiversité due aux activités humaines. La Terre a connu précédemment cinq extinctions massives d'espèces : à chaque fois, un nombre important d'espèces disparaissent dans le monde sur une période de temps relativement courte à l'échelle des temps géologiques. On peut citer l'extinction des dinosaures il y a 65 millions d’années..!



Comment la finance peut-elle agir ?


“Une finance pro-nature constitue un levier de changement systémique pour protéger et restaurer la biodiversité".

Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France


Là encore, la double matérialité dont on parle souvent concernant l’enjeu climatique, s’applique. Il faut à la fois :

  • mesurer l’impact que les portefeuilles d’investissement ont sur la biodiversité et d’autre part,

  • évaluer les risques que la perte de cette nature crée sur les entreprises, et donc sur les portefeuilles d’investissements.


Limiter le réchauffement climatique et protéger la biodiversité sont des objectifs complémentaires et intrinsèquement liés. (3) Le GIEC l’a rappelé dans son deuxième volet (adaptation au changement climatique) de son 6ème rapport, il ne suffit pas de réduire nos émissions : il faut prendre en compte les interactions entre tous les systèmes (naturels, humains, économiques).



Quels outils ?


Des premières initiatives ont vu le jour ces deux dernières années concernant la mesure d’impact sur la biodiversité des portefeuilles d’investissement. On peut notamment citer le fournisseur de données, Carbon4Finance qui s’est associé avec la filiale de la Caisse des Dépôts, CDC Biodiversité pour construire un outil d’analyse d’impact sur la biodiversité des entreprises en portefeuille avec le Global Biodiversity Score. Les investisseurs peuvent ainsi identifier les points néfastes de la biodiversité dans leurs portefeuilles et utiliser les données d'impact sur la biodiversité pour prendre des décisions et s'engager auprès des principales parties prenantes. Comme autre acteur, il y a aussi Iceberg Data Lab et son outil de mesure d’impact sur la biodiversité, le Corporate Biodiversity Footprint : cette mesure révèle le degré de dégradation des écosystèmes affectés par les activités d'une entreprise par rapport à leur état naturel vierge.

On peut aussi citer la NEC (Net Environmental Contribution) qui prend en compte de manière large les indicateurs climatiques, environnementaux et de biodiversité. Cela mesure le niveau d’alignement des entreprises par rapport à un objectif de transition écologique global.


Ces méthodes d’intégration de l’impact des entreprises sur la biodiversité dans les décisions d’investissement sont encore en cours de construction. La prise en compte de la valeur économique de la biodiversité est encore un sujet très complexe, qui est en passe d’être pris en compte comme il se doit dans les décisions politiques et économiques.


En termes d’engagements, en septembre 2021, la Banque Postale a signé le « Finance for Biodiversity Pledge » et mesure ainsi l’impact de son activité grâce au Global Biodiversity Score.


 

Sources :


  1. : World Economic Forum, Les entreprises et la biodiversité (selon une estimation citée dans le Rapport sur les risques mondiaux de 2019).

  2. : Rapport Planète Vivante WWF - 2020

  3. : Introduction aux concepts clés “Finance et Biodiversité” - Finance For Tomorrow - Mars 2022.

  4. : Net Environmental Contribution

  5. : Global Biodiversity Score

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